Hier, c’était Dimanche.
Et un dimanche 18 juin.
Pour célébrer cet anniversaire, notre critique littéraire sort de sa torpeur... Germinal nous écrit d’Angleterre, où il est allé se promener dans le célébrissime jardin de Sissinghurst.
Une vue de Sissinghurst :
La lettre de Germinal :
Germinal , fait sa star, euh, son Eurostar :
D'aucuns ont émis, dans de perfides commentaires, des doutes sur l'assiduité bloguesque de Germinal.
Eh bien me voici, ami lecteur ! Et pour te prouver ma bonne foi, je viens les bras chargés de cadeaux… enfin, j'ai pensé à un cadeau, mais un beau, rien que pour toi, mon semblable, mon frère.
Chacun le sait, les fleurs, c'est périssable ; voici donc à quoi j'ai pensé pour toi, ami lecteur : un bouquet de mots…
J'ai choisi pour toi les mots de Vita Sackville-West (1892-1962), aristocrate un tantinet excentrique, poétesse, romancière et jardinière émérite, co-créatrice — avec son mari Harold Nicolson — des merveilleux jardins de Sissinghurst Castle, dans le Kent.
Pendant une quinzaine d'années, de 1946 à 1961, elle publia une chronique jardinière dans The Observer, journal du dimanche britannique.
Ces articles hebdomadaires, qui recèlent conseils, coups de cœur et nombre de charmantes digressions, furent en leur temps suivis par une foule de lecteurs fidèles et passionnés.
On les trouve désormais compilés au sein de quatre volumes : In Your Garden, In Your Garden Again, More For Your Garden, Even More For Your Garden. A mon humble connaissance, ces volumes sont traduits en allemand, mais pas en français.
Mais Germinal n'est pas le mauvais cheval — forcément, c'est un âne, se dit à part soi le lecteur rationnel…
Germinal, donc, dans un élan d'altruisme pur, s'efface maintenant pour te laisser lire une chronique de Vita Sackville-West qu'il a traduite pour toi ; tout à fait au hasard, ami lecteur, j'ai choisi pour toi la chronique du 18 juin 1950, tirée du premier recueil, In Your garden :
"Il y a deux ans de cela, il me vint ce que je pensai bien être une idée lumineuse. Cette idée s'est depuis révélée être tellement lumineuse, dans les deux sens du terme, qu'il me faut absolument la partager.
J'avais un problème avec deux petits parterres battus par les vents (ils mesuraient chacun huit yards de long par cinq de large), séparés par un chemin pavé. J'avais essayé d'y mettre toutes sortes de choses, y compris, inconsciente que je suis, des roses trémières qui, bien sûr, se faisaient coucher par le vent dominant soufflant du sud-ouest, et ce malgré tous nos tuteurs. Je décidai donc ensuite qu'il me fallait des plantes à port très bas qui ne souffriraient pas du vent ; je mis donc les roses trémières au rancart, et plantai du thym en grande quantité. J'ai maintenant un parterre très bas qui, quand il se couvre de fleurs pourpre et cramoisies, ressemble à un tapis persan que l'on aurait étalé sur le sol au grand air. Les abeilles pensent que je l'ai disposé là tout exprès pour elles. C'est véritablement un régal pour les yeux ; loin de moi l'intention de me vanter, mais je ne peux m'empêcher de m'en régaler : ce n'est pas si souvent que nos expériences en matière de jardinage trouvent pareille réussite.
Le thym que nous utilisâmes est la forme cultivée du thym sauvage, Thymus serpyllum, celui qui coure entre les dalles des allées et des terrasses. Serpyllum vient du latin serpere, qui signifie ramper… et qui a donné "serpent". D'ailleurs, deux vieux noms anglais du thym sauvage étaient "serpille" et "serpolet". Mon tapis de serpolet… Les Romains croyaient que son parfum était un remède contre la mélancolie ; plus tard, chez nous, à l'époque élisabéthaine, on pensait qu'il guérissait la sciatique et la coqueluche, la migraine, les délires frénétiques et la léthargie.
Nous utilisâmes l'espèce commune à floraison pourpre, mais aussi coccineus, pour produire les taches d'un rouge plus vif, ainsi qu'un peu de blanc, pour varier le motif.
J'ai planté quelques petits bulbes entre les pieds de thym, afin d'attirer le regard au printemps, quand le thym se contente d'être vert. Une tache de crocus ; une tache de narcisses miniatures ; une tache de petits cyclamens roses… Tiens, il me vient à l'idée que si vous n'avez pas de parterre plat à transformer en tapis de thym, vous pourriez en truffer un talus ensoleillé. Tondre un talus herbeux en pente raide est toujours délicat ; or, le thym ne demanderait pas à être tondu, et il prospèrerait au soleil, dans la terre bien drainée de la pente. Dans un talus de thym, vous pourriez planter des Hélianthèmes, des hybrides de Helianthemum vulgare, ce que je ne recommanderais pas dans un parterre plat, où cela gâcherait l'effet tapis.
(…)
Je sais que je m'enthousiasme volontiers pour une nouvelle idée… mais c'est là que réside une bonne part du plaisir de jardiner. Aussi je me refuse à m'excuser trop humblement. En revanche, plutôt que de me vanter, je ferai deux recommandations pratiques pour clore le présent article……….."
Ah, sacrée Vita, une fois lancée, on ne l'arrête plus. Si son discours jardinier te parle, ami lecteur, je t'invite à rendre une visite virtuelle au château de Sissinghurst, en te rendant sur : www.invectis.co.uk/sissing/. Peut-être m'apercevras-tu au détour d'une allée, dans le jardin blanc, ou bien dans la roseraie, à moins que ce ne soit dans le jardin des simples… Oui, ami lecteur, à l'heure où tu lis ces lignes, je suis à Sissinghurst, en haut de la vieille tour Tudor, et je me dis que Vita Sackville-West était une jardinière sacrément inspirée ! Je te raconterai ma visite à mon retour, à bientôt…
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