Il a fait chaud.
Beaucoup trop pour cette saison.
Les arbres et les jardins ont souffert. Les pépiniéristes aussi.
Pendant ces derniers jours, je n’ai pu rédiger de chronique : debout à l’aube, couché à la nuit. De l’arrosage non stop.
Je remercie mille fois les jardiniers si gentils qui m’ont écrit ces jours-ci… Je n’ai pas pu encore leur répondre. Mais je ne les oublie pas.
Quand il fait si chaud, pas question de rester derrière son ordinateur : l’arrosoir est prioritaire…
Aussi, je vous préviens, pendant quelques semaines la chronique sera plus légère. Je reprendrais un rythme plus soutenu à partir d’août. Quand toute la pépinière sera d’aplomb, avec toutes les petites plantes bien callées dans leur pot.
En attendant, toute l’équipe du Jardin du Morvan jongle avec les boutures, les semis, la mise en pot, l’arrosage et tutti quanti. Le tout sous un soleil écrasant.

En juillet et en août, la chaleur, c’est normal. La sécheresse aussi. Plantes et animaux savent qu’il va faire chaud. Et tous s’adaptent.
En juin, c’est différent. Nous sommes au printemps, pas en été. Et le printemps, c’est la pluie douce, la pousse, l’herbe tendre et les arbres heureux…
Cette année, ce n’est pas le cas. Pas une goutte d’eau, de l’herbe paillasson et un soleil de plomb
L’année dernière, c’était pareil.
Et l’année d’avant aussi !
Trois années exceptionnelles. Trois années où « juin ne se fait pas ». Ce n’est pas bon pour nos jardins…
Si l’eau n’est pas rationnée, c’est donc maintenant qu’il faut arroser. Le plus longtemps possible. Pour que les arbres gardent leurs fruits. Et les vivaces, leurs fleurs.
Bien arroser, c’est arroser longtemps et doucement. L’eau doit aller le plus loin possible sous la terre. Un arrosage léger tous les jours n’aident pas les plantes. Au jardin, un arrosage copieux une fois par semaine, c’est mieux.
Sur ce, je retourne à la pépinière. L’inspection de routine avant la nuit…
Thierry est si pressé qu’il ne vous a même pas parlé de notre purin d’ortie…
Pendant ces derniers jours, Vanessa a scrupuleusement respecté le mode d’emploi.
Jour après jour, elle a :
- ouvert le récipient où baigne les orties hachées (soigneusement enveloppées dans leur sac de toile de jute)
- admiré les petites bulles de fermentation
- secoué vigoureusement le sac de toile de jute (pour faire circuler l’eau).
Aujourd’hui, la fermentation est presque terminée : on voit de moins en moins de petites bulles. Le ciel et les arbres se reflètent à la surface. Et le tout sent bien moins mauvais que ce que l’on craignait.

Demain, ce sera le grand jour : notre purin sera al dente !
PS : demain il y aura chronique exceptionnelle. Madame Holly-Hobbie montre ses fleurs et donne sa recette de clafoutis.
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Maître Thierry arrose jour et nuit, Hérisson s'énivre de vapeurs de purin, quant à Germinal, dieu sait où il traîne ses guêtres... Heureusement que les botanico-blogueurs sont là, fidèles au poste !
Voici un début de réponse à la passionnante question posée par Alticola solaris. J'ai copié/collé les lignes qui suivent dans l'introduction d'un petit livre paru en mars 2005 chez Delachaux et Niestlé, sous la plume de Vincent Albouy :
Le Jardin naturel : 148 espèces de fleurs sauvages à introduire au jardin :
«Pour qui s'intéresse à l'histoire des jardins, il est évident qu'ils sont créés puis se développent en opposition avec la nature sauvage. Depuis les premiers parcs perses, les fameux «paraidisos», modèles du paradis de la Bible, le géométrique, le cultivé, l'artificiel sont à la base de la création du jardin. Canaux rectilignes se coupant à angle droit, allées géométriques, parterres ordonnés, plantes commençant à se transformer par la culture : dès la plus haute antiquité, la grammaire du jardin est rigoureuse. Elle n'a fait que se complexifier et se diversifier, mais sans changer sur le fond. Les jardins à la française mis à la mode par Versailles en sont l'éclatante démonstration. Même les jardins anglais, qui copient pourtant la nature, ne sont qu'une restitution très aseptisée et idéalisée de la véritable nature.
Cet état d'esprit s'explique par le fait que nous percevons la nature sauvage comme un milieu hostile. Le jardin, qui entoure l'habitation, au coeur de la vie quotidienne de l'homme, est une domestication à petite échelle de ce vaste monde si angoissant. Il nécessite beaucoup de travail, mais l'homme n'a-t-il pas été condamné à travailler pour expier le péché originel?»
Angoissante nature, qui fait les choux gras de Monsieur Rounedeup, alias mort-herbe (sic)... Si vous voulez rire, laissez pousser, comme moi, des orties chez vous, bien en vue de vos voisins : la réaction est garantie : «Mais c'est la jungle chez vous ! (l'angoisse affleure clairement sous la grosse bonhommie)». Autre test : laissez monter l'herbe, autour d'un arbre, ou bien pour trancher avec une allée tondue. Réaction : «Vous êtes sûr que ça ne va pas grainer? (+ trémolo dans la voix)». Et je ne vous parle pas de l'incrédulité de ceux à qui vous dites que vous trouvez que la carotte sauvage va très bien avec vos framboisiers...
Ce printemps, j'ai eu la joie d'accueillir un pied d'ancolie sauvage ; je ne l'ai montrée à personne, mais j'espère bien qu'elle va "grainer" d'importance !
Rédigé par : Frère Jean-luc | jeu. 15 juin 2006 à 17h54
Bonjour, je suis un très vieux rosier.
Ce matin, par la fenêtre, par-dessus l’épaule de celle qui m’arrose et me taille, voici la photo du seau de purin d’orties, affichée sur l’écran…
Tout à coup « un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans notion de cause. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée à la vue du seau noir, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée… Dix fois il me faut recommencer …Certes, ce qui palpite au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel qui lié à cette vision, tente de la suivre jusqu’à moi. Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien…Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. » Cette vision, ce goût, c’était celui du purin d’orties que, le dimanche matin à Combray, la tante Léonie me versait sur le feuillage…
Pardon, cher Marcel, pour cet outrage, mais je n’ai pu y résister…
Rédigé par : Marcelli Proustis rosa | jeu. 15 juin 2006 à 10h37