Cette chronique répond à la lettre de Jacqueline B du 11 avril.
Pour que cela soit plus clair, je la reprends ici :
« Au sujet du terreau, j'aimerai si possible une petite précision.
Vous dites que le terreau le moins cher est suffisant pour les vivaces, et surtout pas au fond du trou. Cela veut-il dire que les terreaux dit "spécifiques" donc plus chers ne servent à rien ? Pourtant en ce qui concerne mes jardinières pour mes plantes annuelles du genre géranium ou pétunia, j'ai fait une année l'expérience avec un terreau bas de gamme, et le résultat a été désastreux : terreau sec et difficile à réhydrater, floraison décevante, alors qu'avec un terreau dit "pour géranium" je n'avais jamais eu de déception.
Est ce que ces plantes n'ont pas les mêmes besoins que les vivaces ou est-ce que cette année là je n'avais pas eu la main bien verte ? »
Jacqueline a mis le doigt sur une chose importante.
Avant de me lancer, je vais demander aux « gens compétents » d’être indulgents.
Parce que je vais expliquer ici quelque chose de compliqué avec mes mots simples. Je vais résumer. Sans doute caricaturer. Et les fabriquant de terreau vont encore trouver que je ne suis pas gentil…
Qu’ils me pardonnent…
Allons –y !
Dans un brave et honnête terreau, on trouve :
1) de la matière organique brute (plus de 99% du volume du terreau).
Ce que les jardiniers ne savent pas, c’est que cette matière organique crue, les plantes sont incapables de la manger telle quelle. Il faut qu’elle soit d’abord «cuisinée».
2) des petits êtres vivants (moins de 1% du volume du terreau), qui vont cuisiner cette matière organique indigeste et la rendre ainsi comestible pour les racines des plantes.
C’est comme nous : nous sommes bien en peine de diner d’un paquet de nouille pas cuite. Il faut qu’un cuisinier nous les transmute en tagliatelles al dente, parsemé de parmesan.
Ces petits êtres vivants admirables qui cuisinent la matière organique, c’est la micro faune et la micro flore du sol. Des bestioles invisibles. Mais innombrables…
Par mètre cube de terreau bien fait, comptez 3 milliard de bactéries, 30 millions de champignons microscopiques, 3 millions de vers minuscules. Plus de 300.000 acariens. Des milles pattes, des vers de terre, des araignées… Un monde !
Un monde qui cuisine en permanence le sol, le terreau, le compost. Un monde qui fait que la terre est bonne à manger pour les racines des plantes.
Ces petites bestioles (champignons, bactéries, etc.) ne manquent pas quand vous faites vous-même votre terreau. Elles sortent de la terre de votre jardin et colonisent votre tas de compost. C’est pour çà que le terreau « fait maison », c’est du très bon.
Mais quand vous achetez du « terreau en sac », c’est différent.
Parfois, dans ces terreaux du commerce, il n’y a presque que de la matière organique brute. Les cuisiniers sont absents ! Ou en si petit nombre qu’ils ne pourront faire que de la nourriture de cantine.
Les terreaux « pas chers » sont les plus pauvres en cuisiniers. Les terreaux « de luxe » (les fameux « spécifiques » de Madame Jacqueline B) sont un peu mieux lotis. Mais ça reste de la cuisine d’autoroute.
Alors, pour que les plantes ne soient pas trop dégoutées, les fabricants ajoutent une rasade d’engrais. De l’engrais déjà cuit, du près-à-manger sans cuisiner
Bon, les plantes ne sont pas bégueules. Ces engrais, ce n’est pas si mauvais. Les plantes s’en servent pour pousser et fleurir… pendant un certain temps.
Donc, pendant quelques mois, vos plantes s’en contentent. Surtout si c’est un terreau « de luxe ». Mieux fait, plus goûtu.
C’est pour cela que l’on réussit de belles potées de fleurs annuelles dans ces terreaux « de luxe » (plus le terreau est « de luxe », plus il y a d’engrais).
Et Jacqueline réussit donc de « belles potées » de fleurs annuelles.
Mais peu à peu, l’engrais est mangé. Et les rares cuisiniers débordés ! Les racines réclament leur ration. Elles n’ont qu’une méchante matière organique pas cuite à ronger.
Au bout du compte, la plante meurt de faim.
Pour les annuelles, ce n’est pas grave : de toute façon, elles meurent en hiver.
L’année suivante, on jette le terreau, on en achète du nouveau et on plante de nouvelles annuelles. L’affaire est jouée.
Mais une plante vivace, ce n’est pas pareil. Ca vit longtemps. Des années durant. Et ça doit manger tous les jours, bien au delà d’un an.
Pas question, pour elle, de ne plus manger sous prétexte que tout l’engrais du terreau a été consommé.
Bref, pour une plante vivace, qui doit manger des années durant, les terreaux du commerce (de « luxe » ou pas), ça ne suffit pas.
Il faut une vraie terre, un vrai terreau. Avec de la matière organique, bien sûr. Mais aussi tous les cuisiniers de la micro flore et de la micro faune. Du grand chef aux marmitons. Tous au boulot pour cuisiner jour après jour la matière organique. Jusqu’à la fin des temps.
On résume :
1) s’il s’agit juste d’alléger la terre et de la protéger de l’effet battant de la pluie et craquelant du soleil, du terreau « bas de gamme suffit ». On le met en surface comme nous l’avons vu le 11 avril. Ce terreau ne nourrit pas les plantes, il allège la terre.C’est différent.
2) s’il s’agit de cultiver dans du terreau pur des plantes annuelles (les plantes annuelles en pots), il faudra passer au moins au stade du « terreau de luxe » qui apportera à manger pendant un an. Mais pas au-delà.
Ce terreau, mieux vaut le changer tour les ans
3) s’il faut nourrir les plantes longtemps, de manière saine et équilibrée (que ce soit en terre ou en pot), il faudra procéder autrement. Nous verrons cela un autre jour.
En attendant, je vous invite à relire la petite note de François Doyen (dans le bas de la chronique du 11 avril).
Ainsi que le commentaire du stagiaire moustachu (à droite de l’écran, commentaire sur le 11 avril).
Il y a de l’or dedans !
Y parle bien, quand même…
Mais c’est trop long. Trop compliqué. Je préfère regarder la photo de Madame Jeannette R.
Elle revient de Madère.
Sa première photo : un gigantesque massif d’Arum blancs :
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Elle en aussi vu en pleine nature, sur une falaise. Des vrais :
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Madère, c'est sympa...
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