Jean Luc D. m’écrit : "j'ai semé ce matin en godets de la consoude (symphytum officinale)... l'emballage des graines (bio) précise : "germination lente et capricieuse"... ce deuxième adjectif m'intrigue et me titille, mais je reste confiant et je relève le défi, en croisant les doigts! Théoriquement, je repique dans un mois, fin avril..."
C’est un grand bonheur de semer ! Je souhaite donc à Jean Luc D. tout plein de bébés Symphytum frais et joufflus.
Toutefois… ce qui est marqué sur son paquet de graines de Symphytum officinale (« germination lente et capricieuse ») ne me satisfait qu’à moitié.
Plutôt que de pontifier sur la technique des semis, je vais vous raconter une histoire vraie.
Un jour, il y a fort longtemps, un jeune pépiniériste planta un plan de consoude (Symphytum officinale). La plante poussa très vite. Et se ressema beaucoup. Vraiment beaucoup !
Pour tout avouer, ce jeune pépiniériste mis 3 ans à se débarrasser des Symphytum qui avaient germé partout. Dans les pieds-mères, au potager, dans les fossés, talus et pieds de haies. Qui sait s’il n’en reste encore.
Depuis, ce pépiniériste a pris de la bouteille. Il regarde ravi les Symphytum officinales. De loin. Si possible au bord des petites routes de campagnes.
L’expression « germination lente et capricieuse » le laisse donc sceptique quand on l’applique à Symphytum officinale !
Alors, pourquoi a-t-on écrit "germination lente et capricieuse" sur le paquet de graines de Symphytum acheté par Jean Luc D ?
Parfois (pas toujours..) quand on précise sur un paquet de graines que la germination sera lente et capricieuse, c’est une manière élégante de vous faire comprendre qu’on vous a vendu :
- 1ère hypothèse
Des graines que l’on n’a jamais semées soi-même et dont on ne connait pas le comportement. Alors on prévoit le pire, pour ne pas décevoir.
- 2ème hypothèse
Des graines que l’on a gardées un peu trop longtemps en stock et dont la capacité germinative s’est amoindri.
- 3ème hypothèse
Des graines qui germent sans problème quand on les sème à l’automne pour les voir lever au printemps suivant mais qui ne donne pas de bons résultats quand on attend le printemps pour les semer.
- 4ème hypothèse (la plus plausible, hélas)
Un doux panachage des trois hypothèses précédentes.
Je n’en mettrais pas ma binette au compost mais je me demande si ce n’est pas cela ce qui arrive avec le paquet de graines de Jean Luc D !
Moi-même, je n’ai jamais semé (volontairement…) de Symphytum officinale. Mais j’ai semé d’autres consoudes (un pépiniériste, ça ose tout). Et je crois que ces fichues plantes germent sans problème quand on les sème à l’automne, à condition d’avoir des graines fraîches. Et que la germination est « lente et capricieuse » quand on achète et sème au printemps des graines stockées trop longtemps dans d’obscures officines…
Bon, ceci dit, Jean Luc D ne manque pas de foi. La Providence aidant, ses semis de Symphytum germeront d’un coup dès ce printemps !
Mais l’expression « germination lente et capricieuse » me parait quand même peu pertinente. Elle ne devrait pas figurer sur le paquet.
Dernière nouvelle :
Jean Luc D. nous écrit à nouveau, pour nous faire part de son échec avec ses semis de pavot bleu de l’Himalaya : "A noter, au rang de mes expériences saugrenues de l'année dernière, une lamentable tentative de semis de pavot bleu de l'Himalaya (meconopsis grandis, je crois) : fiasco total! Mais pour la consoude, j'ai bon espoir"
Cela ne m’étonne pas. La même mésaventure m’est arrivé voici 20ans. Depuis, j’ai compris que les graines de Meconopsis germent très bien… quand elles sont semées fraîches, en fin d’été (en fait, on devrait les semer juste après la récolte).
Des graines achetées et semées au printemps ont bien du mal à germer… C’est bien dommage que les marchands de graines n’expliquent pas cela !
En attendant, voici Symphytum ‘Bocking 14’. Le plus sympa de tous. Et le plus sage (semis rarissime, pas de drageon vagabond). Aussi bon pour le compost que Symphytum officinale mais dix mille fois plus beau quand il fleurit.
Ses fleurs sont d'un bleu superbe. Et ses boutons ont un rouge étonnant :
cliquez sur la petite photo
Dans son dernier commentaire « Stagiaire Moustachu » nous révèle sa méthode personnel de multiplication. Elle donne de bons résultats avec Bocking 14.
Je le cite :
"En randonnée j'ai déterré à l'Opinel n°8 un tronçon de consoude officinale, que j'ai entouré de papier journal et repiqué en godet, après huit jours d'oubli dans le sac à dos!
çà à repris."
Vous savez ce qu’il vous reste à faire…
Moi aussi, je reçois du courrier. Voici la lettre dont je vous parlais hier. Celle que m’a envoyé un confère hérisson. Il vit en Bretagne, chez une jardinière bio.
La voici :
"Bonsoir Hérisson du Morvan !
Voici l’heure de ma promenade.
Je viens juste de te lire après bien sûr avoir grignoté quelques limaces, une ou deux araignées qui commencent à se réveiller et bu dans ma petite soucoupe juste pour moi.
Et comme souvent je me suis amusé à provoquer à mon passage l’allumage de l’entrée du jardin (elle y a placé une cellule).
Je sais bien qu’à ce moment là, elle se précipite pour me regarder et je lève juste exprès mon petit bout de nez tout noir.
La journée, je rêve qu’elle coupe, coupe… mais elle m’a laissé des hérissons de pennisetum autour de ma maison où je passe encore un peu de temps sous la paille et les feuilles toutes chaudes réchauffées par le soleil de printemps.
J’ai pleins de voisins : des coccinelles partout qui ont passé l’hiver à l’abri au pied des vivaces et qui font encore la grasse matinée et même la sieste sous le paillis et qui attendent avec impatience l’arrivée des pucerons...
Elle dit que c’est un monde à l’envers quoi qu’il est juste revenu à l’endroit après avoir arrêté tout traitement chimique et même la roténone.
Elle a même arrêté début mars les granulés de Ferramol et je me régale des limaces et des chenilles qui, cette année, ont à peine touché aux ancolies et pas du tout aux delphiniums.
Je suis loin d’avoir un hectare, juste 200 m2, mais je m’y sens bien dans ce jardin tout bio.
J’irai sans doute me promener dans les jardins avoisinants mais je crois qu’elle aimerait que ce soit le sien mon préféré.
Elle a même dit qu’elle ne toucherait pas à mon nid d’hiver si je veux le retrouver l’année prochaine.
Ton Hérisson de Bretagne"
J’irais bien en Bretagne…
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